[LIVE REPORT] LA FUREUR D’AIMER ou L’ENVOÛTEMENT MYSTIQUE D’EDITH CANAT DE CHIZY

Toute la Culture

Publié le 23/09/2013 à 11:51

Article de notre partenaire Toute la Culture (auteur : Marie Charlotte Mallard). Pour lire l'article original cliquez ici.

Chaque année, de Septembre à Octobre le Festival d’Ile de France propose dans une trentaine de lieux franciliens une programmation éclectique. Des musiques les plus classiques aux plus actuelles, il y en a pour tous les gouts. Ce vendredi, nous étions donc au Collège des Bernardins pour nous délecter des voix des Solistes XXI créant une œuvre d’Edith Canat de Chizy, La Fureur d’Aimer.


Situé en plein cœur du 5ème arrondissement de Paris le collège des Bernardins, lieu éblouissant, chargé d’histoire et de spiritualité demeure un écrin parfait pour la musique vocale. Sous ses arcades multiséculaires la résonnance sublime les voix. Dans ce cocon céleste, elles nous enserrent naturellement et captivent doucereusement l’attention, nous happant littéralement pour nous emporter dans l’univers d’Edith Canat de Chizy.

L’œuvre, La Fureur d’aimer, est composée à partir de Poèmes spirituels d’Hadewijch d’Anvers, poétesse flamande et béguine du XIIIe siècle. La compositrice se fait ainsi l’interprète, la voix de la poétesse. Ses poèmes, nouvellement enluminés par la musique de d’Edith Canat de Chizy sont mis en regard avec des œuvres de Hildegard von Bingen, Klaus Huber, Cristóbal de Morales et Claudio Monteverdi. Du point de vue formel, sept parties composent ainsi l’œuvre. Du côté mélodique et esthétique, la composition se présente donc comme une alternance, un dialogue entre l’ancien et le moderne, tout en restant ancrée dans un univers contemplatif et mystique.

La création débute sur une composition d’Hildegard Von Bingen bénédictine mystique, compositrice et femme de lettres franconienne du XIIe siècle. La viole de gambe s’élève alors sous les voûtes sacrées du Collège des Bernardins, puis une à une, les voix féminines s’élèvent. Profondeur, pureté, magie et harmonie sont au rendez-vous, charme et envoûtement également. Doucement, mais sûrement, l’on se voit transportés dans un autre temps. Un choix judicieux de la part d’Edith Canat de Chizy, que celui de débuter par cette œuvre plutôt que ses propres compositions qui jouent sans cesse avec la rupture. En effet, elle installe de ce fait le spectateur dans une ambiance contemplative, méditative, qui l’enveloppe littéralement et accroche ainsi définitivement son attention.

Les trois parties mettant en musique les poèmes d’Hadewijch d’Anvers et composées par Edith Canat de Chizy, n’ont de cesse de jouer avec les différents aspects de la voix. Le discours est plus haché, moins légato que dans les œuvres qu’elle met en regard, et parfois les mots se répètent en canons et sur différents tons via les différentes voix. De ce fait et par tel procédé, elle accentue les termes fort du discours tel amour, où fureur comme si elle souhaitait les jeter à la tête de l’auditeur, pour mieux marteler son esprit, et les ancrer dans son imaginaire. Une ambiance fantasmagorique se dégage alors de ces surprises auditives. D’autres fois, les mots et les phrases sont au contraire chuchotés, comme si le souffle symbolisait cette petite voix venue d’ailleurs, cette voix intérieure, parfois divine, souvent éphémère qui s’impose à nous on ne sait comment dans nos esprits. Enfin, la compositrice joue également sur les dissonances, et les glissandos descendant aux allures fantomatiques, spectrales. Une manière de renforcer encore un peu plus tout le mysticisme qui se dégage des textes d’Hadewijch d’Anvers.La musique abstraite d’Edith Canat de Chizy cherche par la composition et les différents procédés musicaux qu’elle utilise à pousser le spectateur vers un processus d’identification pour mieux lui faire ressentir le malaise, les émotions, les tourments de cette personnalité contrastée qui caractérisait Hadewijch en profondeur. Un discours musical qui se superpose aux mots leur conférant de ce fait d’autant plus de force.

Une étrange mais intéressante découverte que cette création emplie d’émotion et où ouverture, décloisonnement et transversalité étaient les maîtres mots.