[QUE TAL] Interview de Melingo

Que Tal

Publié le 04/07/2014 à 18:39

À mille lieux des ambiances délicates et surannées du tango de salon, Melingo creuse, album après album, le sillon d’un « tango canaille » aussi captivant que dangereusement mortifère.

Avec Linyera, son nouvel opus studio, le chanteur argentin revêt de nouveau ses oripeaux de mauvais garçon des faubourgs et se fait le porte-voix de tout ce que la cité porteña compte d’anges déchus, de marginaux et de laissés-pour-compte. Un tango de chair et de sang, baroque et flamboyant, dont on ne sortira que miraculeusement indemne. Linyera est un vertigineux dédale de ruelles obscures au détour desquelles l’on peut tout aussi bien ressasser inlassablement ses idées noires, se faire suriner pour un simple regard ou trouver un impossible réconfort dans les bras défraîchis d’une fille de joie.

Un album en clair-obscur, à la densité sidérale. Définitivement affranchi des archétypes du tango classique, Melingo s’offre même quelques belles dérives sur des territoires musicaux inconnus, comme en témoignent les effluves de bossa nova du superbe et aérien Después de pasar ou les harmonies de blues célestes et décadentes de l’inquiétant La maceta.

Melingo

Ton dernier album, Corazón & Hueso, est un disque où la tension est omniprésente. L’amour et la mort rôdent à chaque refrain...

Ce sont les deux grands thèmes de la littérature lunfarda.
Le
lunfardo ce sont les mots (le verlano), mais ce sont aussi les grands sujets, comme la perte de liberté, la nostalgie, la tristesse et bien sûr, la mort, l’amour et le désamour.

« Si je chante une fleur, c’est le chardon », c’est un bon raccourci pour décrire ton univers ?

Oui, et lorsque je chante, ce n’est pas seulement le chardon, la fleur la plus inaccessible, mais également la tristesse qui découle du suburbio, ce lieu dur et impénétrable.

"Soneto a un malevo que no leyó a Borges" se conclue sur un écho typiquement dub tandis que "Ritos de la sombra" laisse place à des improvisations jazz... Corazón & Hueso est un disque « ouvert » ?

Nous essayons d’assimiler, comme une éponge, d’autres influences, comme le tango le fait depuis ses débuts. Le tango est perméable à tous types d’influences musicales.

Tu es venu assez tard au tango, après une première partie de carrière très rock. Raconte-nous ce parcours.

J’essaye de faire cohabiter tango et rock et de tisser des liens entre les deux. J’adopte les manières de travailler du rock pour les appliquer au tango depuis bientôt 15 ans.

On te compare souvent à Nick Cave ou à Tom Waits, deux artistes à priori assez éloignés de l’univers du tango. Qu’en penses-tu ?

J’ai beaucoup de respect pour eux et je suis conscient des différences de style, mais il existe sans doute des similitudes dans les sonorités, dans la voix, dans la manière d’approfondir le sillon creusé vers des racines anciennes, comme dans mon cas, avec le tango negro.

Tu as passé plusieurs années à Madrid, pendant la movida. Quels souvenirs en gardes-tu ?

Oui, j’ai fait partie de Los toreros muertos pendant plusieurs années. Nous avons fait des tournées en Amérique latine et en Espagne.
À Madrid... c’était beaucoup de moto, des nuits blanches et des drogues dures... Ça faisait partie de la movida. Les survivants, nous nous retrouvons de temps en temps, comme ce fut récemment le cas avec le photographe Alberto García-Alix, qui a fait la pochette de Corazón & Hueso.

Tu as joué récemment à guichet fermé au Café de la Danse et tu reviens à La Cigale en octobre. Comment expliques-tu un tel succès auprès du public parisien ?

Je ne peux pas l’expliquer, mais c’est très appréciable. Au delà des paroles, ma musique réussit à toucher les parisiens. La musique est un langage abstrait, totalement universel.

As-tu une anecdote, un souvenir de concert qui te tient particulièrement à cœur ?

Je me rappelle de ma première tournée en France, en 2004, juste après m’être fait renverser par une voiture dans les rues de Buenos Aires. J’ai fait toute cette tournée cloué dans un fauteuil roulant.
Au cours d’un show, j’ai failli tomber. Le public croyait que tout cela faisait partie du spectacle.

Quels sont tes futurs projets ?

Je suis toujours en train de penser au prochain disque, avec l’idée d’en faire à chaque fois un meilleur.
Je me suis déjà remis à écrire et 
à enregistrer.